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Ne jouez pas au plus malin avec le pluralisme canadien; il exige notre soin et vigilance

L’histoire est un grand maître. Elle nous offre d’importantes leçons qui sont pertinentes dans le contexte de plusieurs discussions politiques majeures qui se tiennent au Canada aujourd’hui.

Par exemple, dans ma province de la Saskatchewan, l’honorable James G. Gardiner a prêté serment comme premier ministre pour la deuxième fois il y a 84 ans, soit en juillet 1934. Pourquoi ce fait est-il important? La réponse découle des résultats des deux élections antérieures.

M. Gardiner a assumé ses fonctions pour la première fois suite à une victoire décisive dans les élections provinciales de 1925. Mais en 1929, bien qu’il ait encore remporté le plus grand nombre de sièges, il fut réduit à une minorité et il a perdu le poste de premier ministre à J.T.M. Anderson, un politicien de droite qui est arrivé au pouvoir avec l’appui populiste du Ku Klux Klan.

Le fait que cette organisation étrangère, fondée sur la haine, la peur, l’intolérance et les préjugés, a infiltré notre province et occupé une place de respectabilité apparente entache l’histoire de la Saskatchewan. Un certain W.D. Cowan, trésorier provincial de la section saskatchewanaise du KKK, a même été réélu au parlement fédéral en 1930.

Aux États-Unis, les Afro-Américains étaient les principales victimes du racisme du Klan; au Canada, elle a dirigé sa mentalité odieuse contre les Catholiques et les vagues d’immigrants non britanniques.

La bonne nouvelle est que Jimmy Gardiner a choisi de les combattre bec et ongles. Son message était centré sur la diversité, l’inclusion et le pluralisme. Et il a gagné. C’est pour cette raison que sa deuxième assermentation était tellement importante. Imaginez les dommages si les candidats préférés du Klan s’étaient fait réélire.

Gardiner (et la Dépression) a chassé le KKK de la Saskatchewan. Lors de la campagne de 1934, chacun des députés du premier ministre Anderson fut défait.

Ce qui est préoccupant dans cet épisode, aussi bref soit-il, c’est que l’ascendance de Klan en Saskatchewan a eu lieu d’une manière ouverte et démocratique. Et ce n’est pas la seule occasion dans l’histoire de notre pays où un populisme simpliste, fondé sur la peur, nous a diminués.

Nous n’avons qu’à penser à la taxe d’entrée imposée aux immigrants chinois, ou à l’internement des Canadiens d’origines ukrainiennes et japonaises pendant les première et deuxième guerres mondiales, ou du refus des Sud-Asiatiques à bord du Komagata Maru et des réfugiés juifs désespérés à bord du paquebot Saint Louis.

Plus récemment, pensons aux torrents d’injures sur les médias sociaux ciblant les nouveaux venus, surtout les réfugiés. Écoutez les diatribes des provocateurs à la radio, les « trolls » et les « bots » en ligne, le mouvement « alt-right », les néonazis et les suprémacistes blancs. Les agressions et les crimes de haine. Les attaques misogynes. Et l’assassinat de six citoyens canadiens parce qu’ils priaient dans une mosquée.

Pensez aux pensionnats indiens et à plus de cent ans sans réconciliation.

Notre histoire enregistre de graves échecs. Ils nous rappellent que notre pluralisme est loin d’être parfait. Il ne peut pas être pris pour acquis. En effet, il est fragile et exige notre attention constante et notre travail acharné.

Ce sentiment ne suggère pas pour une seconde que nous sommes naïfs à propos de la sécurité nationale ou de la sécurité publique. Nos services de police, de sécurité et de renseignement sont parmi les meilleurs au monde. Ils doivent se disposer des outils juridiques et constitutionnels et des ressources matérielles nécessaires pour protéger les Canadiens et notre pays dans ce monde troublé. Nous travaillons pour nous en assurer chaque jour. Mais nous avons également besoin de reconnaître clairement que la violence et la haine émanent non seulement de Daech, d’Al-Qaïda et des Taliban. Ils peuvent venir de toute les formes d’extrémisme ou d’intolérance.

Parallèlement à la sécurité publique, notre cadre de sécurité doit garantir la surveillance, la transparence et la responsabilisation requises pour protéger les droits et libertés des Canadiens et notre société ouverte, diversifiée et inclusive.

Mais plus important encore, il incombe à chacun d’entre nous, dans la façon dont nous vivons nos vies et nous traitons les uns les autres, de défendre les valeurs fondamentales qui ont façonné le Canada – malgré nos lacunes – comme exemple mondial de pluralisme réussi.

Notre sens de la justice et de l’équité. Un esprit de générosité. La compassion. La bienveillance et le partage.  Ouvrir les cœurs et ouvrir les esprits. Fierté de notre grande diversité.

Nous avons pratiqué les arts créatifs de d’inclusion et d’hébergement – pour faire place l’un à l’autre. Pour tendre la main l’un vers l’autre. S’écouter les uns et les autres. Combler les différences. Essayer très fort de se comprendre.

Et puis, après avoir écouté et compris, nous, Canadiens, sommes habituellement prêts à agir mutuellement, ensemble. Non pas parce que c’est dans l’intérêt personnel d’une majorité confortable. Non pas parce que nous devons le faire. Mais parce que nous le voulons. Parce que les mesures que nous prenons ensemble sont justes pour le pays juste et décent et merveilleux auquel nous aspirons.

Et ainsi, le Canada est un triomphe de l’esprit humain – construit et maintenu ensemble, non pas par la force des lois, ou la force des armes, ou de la force de quelque nature que ce soit, non pas par une seule langue ou culture, mais par notre volonté commune. Et ce genre d’édification de la nation – à la manière canadienne – est un processus sans fin.

Le Canada est maintenant et sera toujours un précieux travail en cours. Et cela dépend chaque jour de nous TOUS, avec respect et détermination sans relâche.