Ralph Goodale

Votre député de


Regina-Wascana

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Allocution au Canadian Club de Regina

Regina (Saskatchewan)
Le 20 juillet 2017

(Priorité au discours prononcé)

Bonjour à tous.

Je remercie le Canadian Club of Regina de me donner l’occasion de prendre la parole, ici, aujourd’hui.

De la sécurité nationale aux droits de la personne en passant par le cyberespace, de la police à la réforme carcérale en passant par la lutte contre les incendies de forêt, il y a beaucoup de questions à l’ordre du jour public, ces jours-ci, pour le ministre de la Sécurité publique. Mais au lieu de « parler métier », j’avais promis aujourd’hui de parler de l’environnement et de l’économie – c’est donc ce que je ferai.

D’abord, en ce qui a trait à l’économie, je suis heureux d’annoncer qu’il y a eu des signes très encourageants de progrès au cours de la dernière année et demie.

En tant que gouvernement relativement « nouveau » – après 20 mois au pouvoir – nous sommes convaincus que le plus grave problème économique du Canada à l’échelle nationale ces dernières années est son rythme de croissance qui est vraiment trop lent.

Dans la majeure partie des années 1990 et jusqu’à tard dans la première décennie de ce nouveau siècle, notre pays pouvait s’appuyer sur une croissance économique annuelle moyenne d’au moins 3 % par année. Cette croissance a été la clé de notre prospérité, mais elle s’est arrêtée en 2008. Et depuis, le Canada a accusé le coup avec une croissance au ralenti, qui s’établit en moyenne à 1,5 % par année.

Ce n’est simplement pas suffisant pour créer les emplois, générer les revenus et susciter la croissance économique nécessaire pour répondre aux besoins de la classe moyenne du Canada et de tous ceux qui travaillent sans relâche uniquement pour accéder à la classe moyenne.

En pareilles circonstances, une politique d’austérité pourrait s’avérer utile. Mais nous avons plutôt préféré mettre en œuvre des mesures proactives conçues pour encourager l’accélération de la croissance, à savoir :

  • une baisse d’impôt pour la classe moyenne ET des prestations familiales mensuelles plus généreuses pour les enfants qui grandissent afin d’augmenter le revenu disponible et donc le pouvoir de dépenser des consommateurs réguliers; plus
  • des investissements dans l’éducation supérieure, les compétences, les sciences, l’innovation, le commerce et plus particulièrement les infrastructures.

L’adoption d’une telle politique soulève deux questions. D’abord, est-ce abordable?

La réponse est « oui » parce que le ratio de la dette fédérale du Canada – c’est-à-dire, la taille de la dette en comparaison de la taille de l’économie – est actuellement le meilleur de tout le G7 et compte parmi les meilleurs des pays occidentaux. Depuis le début des années 1990, nous l’avons réduit de plus de la moitié. Et il s’agit d’un indicateur clé de la viabilité économique.

Si l’on se tourne vers l’avenir, notre très bon ratio de la dette devrait rester stable au cours des cinq prochaines années, et diminuer encore davantage par la suite. Alors oui, notre plan « tient compte de nos moyens ».

Deuxièmement, est-ce que ce plan fonctionne?

Les derniers chiffres sont vraiment encourageants à cet égard, comme cela a été confirmé dans les fiches de rendement favorables publiées récemment par le Fonds monétaire international et la Banque du Canada.

Près de 400 000 nouveaux emplois nets ont été créés au cours des 20 derniers mois. Il s’agit pour la plupart d’emplois à temps plein. Et le rythme de croissance économique du Canada est déjà repassé AU-DESSUS DE 3 % sur une base annualisée – ce qui équivaut au DOUBLE de la moyenne des 10 dernières années.

Il n’est pas encore temps de célébrer. Beaucoup d’autres progrès restent encore à faire pour la classe moyenne du Canada, et pour différents secteurs et régions. Mais tout va bien jusqu’à maintenant.

Et en ce qui a trait à l’environnement, j’aimerais offrir certains points de vue sur une question à laquelle les gouvernements du Canada et de la Saskatchewan doivent trouver une façon de collaborer étroitement et de façon réfléchie et qui se trouve au croisement fragile entre l’économie et l’environnement, en particulier les changements climatiques et la pollution émanant des émissions de carbone.

Voici cinq points importants à retenir :

  • Premièrement, les changements climatiques sont réels. Ils ont déjà causé des dommages, y compris ici en Saskatchewan. Ils en feront encore davantage à moins que nous soyons déterminés à nous attaquer à ce problème. Il n’y a jamais de « bon » moment pour le faire, mais le temps presse. Plus on tardera, plus les solutions seront difficiles.
  • Deuxièmement, notre cadre stratégique national global sur les changements climatiques et la croissance économique – qui a reçu l’appui de chaque gouvernement provincial et territorial (à l’exception de la Saskatchewan et du Manitoba) – inclut le principe de la tarification du carbone, mais également DES EFFORTS ENCORE PLUS GRANDS QUE CELUI‑LÀ qui doivent être pesés ensemble comme solution complète lors de l’évaluation du cadre.
  • Troisièmement, la souplesse est un principe clé qui permet à chaque province d’adapter les divers éléments du cadre qui conviennent le mieux à sa situation, notamment le financement fédéral pour l’innovation et les infrastructures, et des exemptions importantes pour des secteurs particuliers qui comptent pour la Saskatchewan, comme les activités agricoles et les petites activités pétrolières et gazières.
  • Quatrièmement, les recettes provenant directement de la tarification du carbone doivent être versées aux citoyens de la province dans laquelle elles ont été tirées – non à Ottawa – et en fonction des décisions prises en Saskatchewan, ces recettes pourraient permettre à la province de RÉDUIRE de manière significative de nombreuses taxes provinciales actuelles – pour promouvoir les investissements, la création d’emplois, l’innovation et la croissance.
  • Et cinquièmement, l’application d’une tarification pour les émissions de carbone est la clé pour quelque chose de très important pour la Saskatchewan, et c’est d’obtenir l’approbation des projets de pipelines, afin que nos ressources puissent atteindre les marchés mondiaux et obtenir des prix mondiaux, pendant que des entreprises de la Saskatchewan, comme Evraz Steel, s’affairent à fabriquer les canalisations.

Je sais qu’il s’agit de sujets sensibles, exposés à des malentendus et à de fortes émotions. Avant de m’aventurer sur ce terrain miné, laissez-moi mettre les choses dans le contexte plus large des relations globales entre le Canada et la Saskatchewan.

Avec l’intérêt que porte notre gouvernement fédéral sur la croissance de la classe moyenne, nous avons une approche globale de l’économie qui cadre bien avec les données démographiques de la Saskatchewan :

  • notre baisse d’impôt pour la classe moyenne aide une majorité de contribuables de la Saskatchewan;
  • l’Allocation canadienne pour enfants que nous ciblons procure une somme plus importante chaque mois, exempte d’impôt, à 9 familles canadiennes sur 10;
  • et nos investissements destinés aux étudiants, aux personnes âgées et aux Autochtones aident de larges segments de la population de la Saskatchewan.

Nous avons également obtenu de bons résultats grâce à des ententes fédérales‑provinciales pour lesquelles nos deux ordres de gouvernement ont collaboré de manière satisfaisante. Par exemple :

L’eau est toujours un sujet de préoccupation important en Saskatchewan. Une des premières questions que les élus du gouvernement provincial ont abordées avec moi, immédiatement après la dernière élection fédérale, a été leur revendication en vue d’obtenir le contrôle de plus de 19 barrages hydrauliques construits par le gouvernement fédéral dans la province. Ils avaient toutefois des préoccupations concernant la responsabilité juridique. Nous avons donc transféré non seulement les barrages, sous la responsabilité de la province, mais également 365 millions de dollars pour compenser tout risque et soutenir le rendement de la Saskatchewan.

Nous renforçons le Régime de pensions du Canada, en particulier pour les Canadiens de la classe moyenne pour qui une retraite confortable est loin d’être assurée, dont un grand nombre de Saskatchewanais. Et le gouvernement provincial a d’ailleurs joué un rôle constructif en vue d’obtenir un meilleur accord en matière de Régime de pensions du Canada à l’échelle du pays.

Nous avons également conclu une autre nouvelle entente avec la Saskatchewan en ce qui a trait aux soins de santé. Nous injecterons 350 millions de dollars supplémentaires dans les coffres de la province au cours des 10 prochaines années afin d’améliorer les services en santé mentale et les soins à domicile, deux domaines où les besoins sont criants en Saskatchewan.

En ce qui concerne le commerce mondial, notre gouvernement a vigoureusement défendu les priorités de la Saskatchewan sur les marchés mondiaux, comme accroître les exportations de bœuf et de porc en Asie et Amérique latine, préserver un accès crucial à la Chine pour notre canola, signer un accord général sur le commerce avec l’Union européenne et un nouvel accord de libre-échange avec l’Ukraine.

Nous nous sommes débarrassés des prescriptions sur l’étiquetage indiquant le pays d’origine imposé par les États-Unis. La Saskatchewan nous soutient dans notre bataille sur le bois d’œuvre. Nous sommes sur la même longueur d’onde avec l’ALENA. De plus, nous mettons vraiment de la pression pour garder une industrie de tuyaux en acier pleinement intégrée et équilibrée dans toute l’Amérique du Nord, appuyant ainsi Evraz, ici à Regina. Ensemble, ces efforts représentent, à eux seuls, des milliards de dollars pour l’Ouest du Canada.

Ici même, nous avons accru l’aide fédérale destinée au logement abordable en Saskatchewan. En effet, le gouvernement du Canada versera 54 millions de dollars DE PLUS à la province pour le logement au cours des deux prochaines années. Et au cours de cette même période, environ 39 millions de dollars DE PLUS seront investis dans l’éducation préscolaire et les garderies.

Nous avons prolongé le contrat en cours pour l’entraînement des pilotes militaires à la 15e Escadre, à Moose Jaw, ce qui équivaut à des dizaines de millions de dollars injectés dans l’économie locale.

Pour les célébrations du 150e anniversaire de la Confédération en 2017, nous investissons plus de 12 millions de dollars dans les arts, la culture, les infrastructures communautaires et les festivités en Saskatchewan, et ce, dans le cadre de plus de 200 projets dans toute la province.

Nous avons également consacré 150 millions de dollars à la recherche scientifique et à l’innovation de calibre mondial à l’Université de la Saskatchewan, à l’Université de Regina et à l’Université des Premières Nations.

Plus largement, au cours des 20 derniers mois, nous avons annoncé environ 250 investissements fédéraux pour stimuler la croissance économique de la Saskatchewan – ce qui totalise maintenant près d’un demi-MILLIARD de dollars de fonds fédéraux – dans toute une série de projets d’infrastructure publique (autoroutes, ponts, réseaux de transport, aqueducs et égouts, etc.).

Et au cours de la prochaine décennie, 900 millions de dollars supplémentaires seront consacrés par le gouvernement fédéral en Saskatchewan pour les infrastructures vertes, le transport en commun, la culture, les loisirs et des projets ruraux et du Nord, en plus d’un autre montant de 700 millions de dollars pour des travaux municipaux classiques.

Pour la Saskatchewan et l’Ouest du Canada, notre gouvernement a également présenté une nouvelle mesure législative sur le transport ferroviaire des céréales pour soutenir davantage les agriculteurs, mesure qui prévoit une définition plus utile de la notion de « service convenable », un renforcement de la transparence, un revenu admissible maximal permanent et amélioré, de nouveaux outils pour stimuler la concurrence et des sanctions réciproques qui (pour la toute première fois) s’appliqueront également aux chemins de fer.

Et ce qui est sans doute plus approprié pour la discussion d’aujourd’hui, nous avons aussi approuvé quatre grands projets de pipeline (deux oléoducs et deux gazoducs) afin d’acheminer les ressources de l’Ouest vers le reste de l’Amérique du Nord et les marchés mondiaux à de meilleurs prix que ceux que nous avons pu obtenir jusqu’à maintenant.

Sans compter la relance du projet d’oléoduc Keystone XL vers les marchés sur tout le territoire des États-Unis (projet que nous avons toujours appuyé), les DEUX AUTRES OLÉODUCS importants que nous avons approuvés en décembre dernier (« TransMountain » et « Canalisation 3  ») sont évalués à plus de 11 milliards de dollars et créeront 22 000 emplois. La majeure partie des contrats des tubes de canalisation a été attribuée à Evraz jusqu’à maintenant.

Et c’est ce qui m’amène à parler des changements climatiques qui constituent un problème mondial, qui est surtout attribuable aux sous-produits des émissions de gaz à effet de serre provenant de l’activité humaine qui rejettent des polluants, comme le carbone, dans l’atmosphère.

Le problème des changements climatiques est-il grave? Pratiquement tous les scientifiques respectés du monde entier s’entendent pour dire que oui.

Est-ce qu’on en est affecté ici en Saskatchewan (où se retrouvent malheureusement les plus importants émetteurs de gaz à effet de serre par habitant du pays)?

Oui, en effet. Un exemple est l’augmentation de la fréquence et de la gravité des tempêtes dévastatrices d’été qui causent d’importantes inondations.

Nous avons eu des inondations importantes et coûteuses au cours de deux des cinq dernières années. Des champs de pétrole ont été fermés. Des terres agricoles ont été inondées. Des récoltes et du bétail ont été perdus. Des collectivités ont été isolées. Des infrastructures municipales, provinciales et privées ont été emportées.

Le Manitoba et l’Alberta ont aussi subi d’importantes inondations similaires. Les pertes se sont élevées à plusieurs milliards de dollars. L’automne dernier, c’était au Cap Breton. Ce printemps : en Ontario, au Québec, au Nouveau-Brunswick, à Terre-Neuve-et-Labrador, et en Colombie-Britannique.

Et, entre les années pluvieuses, nous avons subi des sécheresses et des feux de forêt. Rappelez-vous des évacuations massives du Nord de la Saskatchewan il y a deux ans, et le monstre de feu de forêt qui a dévasté Fort McMurray l’an dernier. Et la Colombie‑Britannique en ce moment. Encore une fois, les pertes s’élèvent à des milliards de dollars, ce qui entraîne une hausse des impôts et des primes d’assurance.

Alors, oui, les changements climatiques infligent un tribut, qui continuera de s’aggraver si des mesures concertées ne sont pas prises. Ne faire rien ou presque n’est pas sans coût, sans mentionner ce que la pollution par le carbone signifie pour la santé à long terme et le bien-être de nos enfants et de nos petits-enfants.

OÙ trouvons-nous donc ce point de jonction critique entre une économie forte et un environnement plus sain?

Les Canadiens veulent vraiment les deux, simultanément, ensemble. Certains disent que c’est impossible, qu’il faut choisir l’un ou l’autre – l’économie OU l’environnement, que l’on ne peut pas avoir les deux.

Mais la plupart des Canadiens expriment leurs désaccords avec respect. En fait, de nos jours, des politiques économiques efficaces et des politiques environnementales crédibles vont de pair. Dans une large mesure, les premières (à savoir, notre succès économique) dépendent des dernières (notre crédibilité environnementale).

Une illustration classique est notre précieux secteur pétrolier et gazier qui génère de bons emplois et beaucoup de recettes, mais également une pollution importante sous forme d’émissions de carbone et de changements climatiques. Il est étrange que nous imposions la production de nos ressources, au lieu de la pollution qui y est associée. En d’autres termes, nous pénalisons les aspects positifs, pas les aspects négatifs. Cela semble un peu contradictoire.

D’un point de vue économique, nous voulons naturellement maximiser les profits que nous tirons de la vente de nos hydrocarbures aux meilleurs prix mondiaux. Toutefois, les meilleurs prix nous sont bloqués parce que nous ne disposons pas d’un réseau de transport – à savoir, des pipelines – pour acheminer notre pétrole et notre gaz vers les marchés mondiaux.

Notre réseau de pipelines actuel dessert uniquement l’Amérique du Nord. Il n’est pas connecté à des fins commerciales pour les exportations vers les pays d’outre-mer. Nous vendons donc notre pétrole et notre gaz à un prix nord-américain réduit.

C’est la raison pour laquelle – tant dans l’opposition que maintenant au gouvernement – nous avons toujours soutenu les pipelines adéquatement approuvés, spécifiquement destinés aux exportations vers les pays d’outre-mer. Même avant qu’il ne devienne premier ministre, Justin Trudeau faisait valoir ce point dans les présentations faites à Washington, D.C., à Calgary, et même ici en Saskatchewan.

Il a pris la parole devant la Chambre de commerce de Regina en juin 2014, pour dire qu’exporter nos ressources vers les marchés mondiaux est une responsabilité fondamentale du gouvernement fédéral.

Alors, comment peut-on obtenir les autorisations nécessaires pour construire ces pipelines vers les marchés mondiaux? Nous les obtenons, entre autres, en étant crédibles en matière d’intendance de l’environnement.

Cela signifie que nous ne sommes pas des développeurs du genre « à faire de folles dépenses ». Nous appliquons des règles et procédures environnementales intelligentes. Nos décisions reposent sur des faits scientifiques. Nous nous préoccupons des changements climatiques et nous préservons un environnement sain pour nos enfants.

Autrement dit, nous établissons notre crédibilité en prouvant à nos clients, à nos détracteurs et à nous-mêmes – et à tous ceux qui ultimement pourraient nous contester devant les tribunaux – que notre développement est responsable et durable, avec une diminution des émissions au fil du temps.

Si nous ne maintenons PAS fermement nos positions sur ces questions, l’opposition légale, environnementale, des Autochtones et des collectivités aux pipelines sera insurmontable. Aucun projet ne sera possible.

Le précédent gouvernement a pratiquement prouvé que tel est bien le cas. Après 10 années à minimiser l’importance des changements climatiques, ils ont été incapables de faire progresser un seul projet qui permettrait d’exporter le pétrole et le gaz canadiens vers les pays d’outre-mer.

Que pouvons-nous faire pour remédier à cela? Que devons-nous faire pour acquérir les compétences environnementales convaincantes pour construire des pipelines pour les exportations vers les pays d’outre-mer, et ainsi obtenir les prix mondiaux pour la Saskatchewan? L’unique moyen le plus crédible est d’imposer une tarification pour la pollution par le carbone. C’est la clé qui ouvre la porte.

Parce que cette « clé » constitue le cœur de notre politique, nous avons été en mesure de dire « oui » au projet d’agrandissement du réseau de TransMountain d’Edmonton à Vancouver. Ce projet générera des milliards de dollars d’investissements et des milliers d’emplois, y compris un très important contrat des tubes de canalisation récemment attribué à Evraz, à Regina.

De même, nous avons été en mesure de dire « oui » au projet de Canalisation 3 qui permettra d’acheminer les ressources de la Saskatchewan vers le sud-est dans l’ensemble des Prairies et aux États-Unis.

Avec l’imposition d’une tarification du carbone, pour la toute première fois, nous prenons les mesures incitatives dans le bon sens, en encourageant – tout en tenant compte du marché – les opérations propres et les innovations à faibles émissions de carbone. Comme je l’ai mentionné précédemment, c’est un peu contre‑productif que notre société impose des frais et des charges importantes sur les bonnes choses, comme l’eau potable que nous voulons boire ou les revenus plus élevés que nous voulons gagner, alors que la pollution n’est pas imposée, aussi dommageable soit-elle. Les mesures incitatives sont inversées.

Dans un autre domaine de la politique fiscale, le gouvernement de la Saskatchewan a récemment démontré la validité de ce « principe en matière de mesures incitatives » dans son budget provincial de 2017. Il a réduit l’impôt sur le REVENU tout en augmentant les taxes à la CONSOMMATION. Il s’agit d’un exemple de prise de mesures incitatives fiscales dans le bon sens. Le même principe s’appliquerait relativement à la meilleure manière de réduire la pollution tout en maintenant la vigueur de l’économie : encourager l’économie, non la pollution.

Nous avons donc travaillé très fort à l’établissement d’un cadre de politique pancanadien exhaustif, mais très souple À LA FOIS pour favoriser la croissance économique et lutter contre les changements climatiques, en même temps.

Ce cadre a obtenu le soutien d’au moins huit provinces et trois territoires couvrant tout le spectre des opinions partisanes de la droite à la gauche. Le fondateur du Parti réformiste, Preston Manning, souscrit à ce principe, tout comme le chef conservateur de l’opposition en Ontario, le premier ministre du Parti conservateur du Manitoba, et même l’ancien conseiller principal en politique de Stephen Harper (Mark Cameron).

La Chambre de commerce du Canada, l’Association minière du Canada, toutes les grandes institutions financières, l’industrie de l’assurance, de nombreux dirigeants municipaux et les principaux PDG du secteur pétrolier soutiennent également ce cadre.

Parmi ceux qui s’opposent, certains font valoir que le Canada devrait laisser tomber la lutte contre les changements climatiques parce que le gouvernement des États-Unis a déclaré qu’il se retirait de l’accord mondial de Paris sur le changement climatique.

Mais ce processus peut prendre quatre ans et ne tient pas compte du fait que de nombreux États américains, municipalités, entreprises et industries sont encore très engagés et déterminés. Il en va de même du reste du monde qui, à l’exception de la Syrie et du Nicaragua, continue de soutenir l’accord de Paris. Sans compter qu’en juin dernier, notre Chambre des communes a massivement voté en faveur d’un soutien à l’accord de Paris sur le changement climatique, avec un seul vote contre d’une députée conservatrice (de l’Ontario d’ailleurs, pas de la Saskatchewan ni de l’Alberta).

Le cadre pancanadien sur les changements climatiques du Canada comporte plusieurs éléments interreliés qui, pris ensemble, produisent les résultats escomptés.

Le pilier central de l’imposition d’une tarification pour la pollution par le carbone ne signifie pas nécessairement une « taxe » sur le carbone. On peut s’y prendre de bien des façons. La conception exacte sera déterminée par chaque province, en fonction de ce qui lui convient le mieux.

La Colombie-Britannique a choisi d’imposer une taxe. Au départ, cette province était la seule à le faire. Cette taxe a été instaurée il y a neuf ans, et la Colombie-Britannique possède aujourd’hui l’économie la plus performante du pays. La tarification du carbone n’a pas rendu cette province dans une situation financière désastreuse et n’a pas détruit non plus sa compétitivité.

L’Ontario et le Québec prennent une autre voie, en optant pour une approche de plafonnement et d’échange axée sur le marché, en collaboration avec la Californie. L’Alberta s’est dotée d’un système hybride. Les autres provinces sont encore en train de peaufiner les détails de leur approche.

Mais au sein de chacune, il y a une importante marge de souplesse pour répondre aux besoins des secteurs sensibles. Par exemple, la taxe de la Colombie-Britannique ne s’applique pas aux combustibles utilisés dans les fermes. En Alberta, on est en train de mettre en œuvre un système d’allocations fondées sur les extrants, comme l’a recommandé le secteur privé, pour préserver la compétitivité des industries intensives en émissions et qui dépendent du commerce. L’Ontario utilise d’autres caractéristiques de conception souples pour accomplir la même chose.

Ainsi, la souplesse et la possibilité d’exercer un contrôle provincial complet en ce qui a trait à la conception de la tarification du carbone sont deux caractéristiques essentielles du cadre pancanadien. Une autre caractéristique est que toutes les recettes directes générées par la tarification du carbone doivent demeurer en Saskatchewan.

Avec un système conçu et contrôlé par la province, qu’est-ce que ces nouvelles recettes permettront à la Saskatchewan d’accomplir? Le choix reviendrait entièrement au gouvernement provincial, mais voici quelques-unes des possibilités :

  • La Saskatchewan peut choisir de réduire l’impôt sur le revenu des particuliers, de réduire les impôts des entreprises, ou de réduire les impôts fonciers des terres agricoles, des résidences et des petites entreprises.
  • Elle peut fournir une aide compensatoire à des personnes ou à des secteurs de l’économie qui ont besoin d’une aide spéciale pour couvrir leurs coûts, renforcer leur compétitivité ou leur efficacité énergétique.
  • Elle peut décider de rembourser sa dette, d’éliminer son déficit et de constituer un véritable fonds du patrimoine.
  • Elle peut investir davantage dans l’éducation, les sciences et les technologies, les soins de santé ou les infrastructures.
  • Ou elle peut décider de renforcer ses exportations ou de réduire les redevances provinciales sur le pétrole, le gaz et la potasse.

Il existe un large éventail de possibilités pour favoriser la croissance, la création d’emplois, l’innovation, la compétitivité et la productivité de la Saskatchewan. Le seul véritable obstacle à surmonter est la présomption que le statu quo constitue ce qu’il y a de mieux et que rien de « mieux » n’est possible.

Comme je l’ai dit plus tôt, dans son budget de 2017, le gouvernement de la Saskatchewan a modifié un certain nombre de taxes provinciales. Le résultat net est un alourdissement du fardeau fiscal provincial global de plus de 820 millions de dollars par année. Sur cinq ans, cela ajouterait plus de 4 milliards de dollars à la hausse de la taxation provinciale.

Il est intéressant de souligner qu’une tarification du carbone en Saskatchewan sur une période de cinq ans représenterait probablement MOINS que cela. Si la Saskatchewan adoptait les techniques de conception d’autres provinces qui seraient les plus avantageuses pour elle, comme l’exonération de la Colombie-Britannique pour les combustibles utilisés dans les fermes et l’allégement fiscal de cinq ans de l’Alberta pour les activités pétrolières et gazières de petite envergure, l’incidence monétaire en Saskatchewan diminuerait grandement. Cependant, les recettes tirées de la tarification du carbone pourraient permettre à la Saskatchewan de réduire une part importante des augmentations de taxes provinciales imposées en mars dernier. Et ce n’est là qu’une des options envisageables.

Le deuxième aspect clé du cadre fédéral est l’innovation. Le gouvernement du Canada double ses investissements dans la science et la technologie de l’énergie propre. Et dans notre plus récent budget, nous avons annoncé des investissements de 2,4 milliards de dollars pour promouvoir les technologies propres. Cela pourrait inclure la technologie de captage et de stockage du carbone (CSC) de la Saskatchewan.

Je suis heureux d’être en mesure de vous dire que j’étais le ministre fédéral des Ressources naturelles qui a commencé à soutenir cette science importante de la Saskatchewan il y a près de 20 ans, par l’entremise du Centre de recherche en technologie pétrolière de l’Université de Regina et du site de mise à l’essai Weyburn‑Midale.

D’ailleurs, une tarification du carbone aiderait à rendre la technologie de CSC plus attrayante en tant que technologie rentable, et qui peut être commercialisée dans le monde entier. Pensez aux gros problèmes de pollution auxquels la Chine et l’Inde font face. La technologie de CSC pourrait aider à faire une différence significative dans ces pays, et aux États-Unis également.

Les investissements fédéraux dans l’innovation permettront également de promouvoir davantage les carburants renouvelables, l’efficacité énergétique, les façons de réduire les émissions de méthane, les puits de carbone des terres agricoles, des milieux humides, de couvertures permanentes et agroforestières, l’utilisation accrue des cultures qui fixent l’azote, même des centrales nucléaires modulaires. Ce domaine est vaste. Et la Saskatchewan pourrait faire preuve de leadership sur de nombreux fronts avec un important soutien du fédéral. Cela fait partie de notre cadre.

Le gouvernement du Canada est également prêt à collaborer avec des services publics comme SaskPower pour construire de nouveaux réseaux électriques intelligents. C’est, en partie, ce à quoi notre nouvelle Banque de l’infrastructure pourrait servir : lier les gros émetteurs, comme Evraz Steel, le Co-op Refinery Complex, Upgrader et l’ensemble des mines de potasse à l’hydroélectricité propre (du Manitoba ou des T.-N.-O.). Cela ferait une énorme différence dans l’empreinte carbone de la Saskatchewan.

Et à propos des infrastructures, pensez aux grands systèmes innovants de contrôle de l’eau pour composer avec les violents orages soudains estivaux qui déversent l’équivalent d’un an de pluie en quelques jours, et qui font tellement de ravages, attribuables aux changements climatiques.

En faisant appel à la science, à l’ingénierie et à la planification de manière astucieuse, nous pourrions concevoir en amont un réseau d’ouvrages bien conçus, grands et petits, de rétention de l’eau comprenant des canaux, des réservoirs, des milieux humides et des zones boisées bien conçues pour gérer cette eau de façon plus intelligente et plus efficace afin de contrer les cycles infernaux d’inondations incontrôlées et de sécheresses torrides.

Il serait peut-être judicieux de commencer par les lacs Quill, où une catastrophe causée par l’eau est en train de se dérouler sous nos yeux. Il y aussi un grand potentiel, et de grands besoins, dans les bassins de l’Assiniboine, de la Qu’Appelle et de la Souris, et ailleurs.

En ayant la bonne vision et la détermination adéquate, nous pourrions mieux protéger les moyens de subsistance et les infrastructures publiques et privées en aval tout en créant en amont, grâce à l’eau, des possibilités de diversification accrue, de développement économique à valeur ajoutée et de divertissement. Contribuer à tout cela c’est ce à quoi est destiné le Fonds pour l’infrastructure verte du gouvernement fédéral. Une fois encore, cela fait partie du cadre pancanadien.

Ce train de mesures est grand et il doit constituer un tout. Sélectionner uniquement les mesures qui nous conviennent réduirait son efficacité. Elles sont interdépendantes, ancrées dans le principe de la tarification du carbone auquel tous participent équitablement.

Et pour insister sur mon premier point, une tarification du carbone est la clé qui ouvre la porte aux approbations des projets de pipelines pour acheminer le pétrole et le gaz de l’Ouest à plus de marchés à de meilleurs prix, et pour soutenir les emplois dans les usines d’acier dans des endroits comme Regina.

Malgré des investissements de 11 milliards de dollars du secteur privé dans le secteur des pipelines et la création de 22 000 emplois, il y a de nombreux farouches opposants qui estiment que ces projets ne devraient pas être menés à bien. Mais nous pouvons faire face à leurs critiques, de façon honnête et avec conviction, en affirmant que ces projets constituent la meilleure chose à faire, non seulement économiquement, mais aussi parce qu’ils sont ancrés dans le respect de l’intégrité de l’environnement qui découle du fait de donner un prix à la pollution.

Dans ce cadre, j’espère que nous pourrons permettre à tous les gouvernements de trouver leur place pour collaborer de manière fructueuse. Je pense qu’avec de l’ingéniosité et de la bonne volonté, nous pouvons permettre à la Saskatchewan de croître et de prospérer pour des décennies à venir.

Merci de votre attention.